les partitions textiles

vernissage de l’exposition : Les Partitions textiles de sabine cibert à la Manufacture

… Les Partitions textiles : nous n’avons pas commenté ce titre dans le catalogue et c’est peut-être une lacune. Le mot « partition » est riche de signification. Il vient du latin partire : partager, séparer.
Il y a tout d’abord le partage : partage des trois influences qui sont à l’origine de la démarche artistique de sabine cibert. Les quilts anciens, tradition des arts textiles populaires, de ces populations exilées ou pauvres qui tentaient de réaliser leurs étoffes avec des morceaux de tissus récupérés, qu’ils ont assemblés avec goût et souci de la beauté en jouant sur les couleurs, les formes et les variations de texture, comme on le voit dans log cabin light show (2005), œuvre fondatrice, revisitant un quilt hollandais de 1860, où les différents carrés dessinent en filigrane de nouvelles zones carrées, générées par des illusions optiques. On voit donc que l’op’ art exploré par Victor Vasarely est en gestation dès la fin du XIXe siècle dans ces créations artisanales.
La seconde influence est celle des artistes du Bauhaus dont les œuvres ont fasciné sabine cibert et dont la filiation se reconnaît dans plusieurs «Partitions»: réminiscences (2012) est une résurgence et une évocation des damiers noirs et blancs à formes abstraites, schématiques et énigmatiques de Wassily Kandinsky ; dans une ville la nuit (2012), on retrouve une harmonie des formes et des couleurs de Paul Klee,
dans x2 (2009), sabine cibert explore la lumière inspirée de la technique du vitrail à partir d’une palette de pavés de verre imaginée par Josef Albers. Enfin, on peut ajouter kan geiko (2002), fait de blocs triangles enchâssés et assemblés, chers à Gustav Klimt, qui n’appartient pas au Bauhaus mais en est contemporain.
La troisième influence provient des mosaïques de l’Alhambra de Grenade : on en retrouve la trame dans abyss (2004) et le réseau maillé dans confettis sur rio (2003) opposition entre le ciel de confettis et les damiers de l’Arlequin si cher à Vasarely.
Il y aussi l’idée de partition musicale qui prend ici le sens d’une harmonie de rythmes de couleurs déclinées selon la variété des tissus, leur grain, leur texture, leur brillance dont on voit toutes les nuances et tout l’éclat sur ces grands formats de l’exposition.
Il s’ajoute l’idée d’une répartition des formes géométriques des pièces de tissu, créant toute une construction et une imbrication de motifs aux variations et aux illusions optiques subtiles.
Il y a enfin l’idée très forte pour sabine cibert du partage et de l’échange autour de ses créations en tissu qui est le premier élément social avec lequel nous entrons en contact dès notre naissance et qui nous enveloppe. Retrouvant sa formation d’architecte, elle habille dans nos lieux de vie les murs de ses textiles pour recréer une ambiance conviviale à la dimension des hommes …

Marc Le Person
Professeur des Universités
Chargé de mission aux Affaires Culturelles de l’Université Jean Moulin Lyon3
12 février 2013

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