émergence

sabine cibert crée de grandes compositions textiles, évocations  contemporaines des tentures d’autrefois. Chaque pièce réalisée à la main peut prendre deux ans pour voir le jour. Chacune d’elles mesurant plusieurs mètres carrés fait partie d’une série. A partir d’éléments orthogonaux et rigides – rectangles ou carrés – elle crée une atmosphère dynamique et instable.
Le grand format permet de bâtir des paysages en expansion, colorés et mouvants. L’usage du textile offre un choix infini de couleurs ainsi qu’une grande variété de motifs portés par les armures. Ainsi se composent des images pixelisées, comme diffractées, un écho qui se propagerait et viendrait rebondir en tout sens.
Inspirée par les recherches sur l’abstraction de Paul Klee ou de Karl Herman Haupt, sabine cibert analyse, décortique et détourne le motif initial.
L’inspiration est aussi celle d’une nature violente et grandiose peuplée de montagnes, de glaciers, de ravins, de torrents. Son travail peut être défini comme une abstraction sensible. Dans ses dernières recherches les mondes aquatiques sont primordiaux. L’eau est une surface réfléchissante dans laquelle se réfractent les couleurs du monde. La surface textile devient plan d’eau que le vent strie, que la pierre onde, où la lumière vibre.
Au delà de l’évocation d’un paysage, les œuvres donnent à voir ce qui ne se voit pas : l’ombre, le souffle, la pierre qui vient de percer la surface.
C’est en quelque sorte la captation de vibrations sourdes et telluriques, d’accidents furtifs qui produisent le désordre, bien que chaque pièce soit composée lentement et patiemment dans une démarche quasi méditative.

Thomas Leveugle
historien d’art, commissaire d’exposition
mars 2017

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